La mégaprison expliquée à ma petite-fille

EN 2008, il y a eu une volonté politique d’avoir des prisons plus humaines et financièrement plus efficaces, c’est-à-dire de 300-400 places. Il était alors reconnu que les grands complexes n’était pas adaptés.

Effectivement, en décembre 2010, le Conseil des ministres a décidé à huis-clos de construire cette mégaprison.

Ce qui est bien, c’est que ce projet met tout le monde d’accord :

1 – DÉSASTRE ÉCOLOGIQUE

Le Keelbeek, à Haren, c’est le dernier poumon vert du nord de Bruxelles. C’est 18 hectares de biodiversité exceptionnelle, avec des espèces rares et protégées, que l’on commence à bétonner.

Et puis, dans une ville hyper polluée, il serait temps de repenser l’agriculture, les espaces verts, les circuits courts, le concept du bien commun, etc…
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Trop tard. La demande a été faite à la ville de Bruxelles pour officialiser la présence des espèces rares. Dès le lendemain, les travaux de destruction se sont accélérés. Une semaine plus tard, la totalité de la biodiversité était détruite.
Adieu les espèces rares.
Et adieu la solution pour sauver le site.
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Manifestement, non.

2 -DÉSASTRE DÉMOCRATIQUE

Depuis ce Conseil des ministres, il y a eu bien peu de réponses et beaucoup de questions.

Par exemple, c’est vrai que ni les citoyens, ni les associations, ni les parlementaires n’ont vu l’ombre d’une copie du contrat signé entre l’État et les entreprises qui vont construire et gérer la prison.


Ou encore, au cours de deux enquêtes publiques, il y a eu 1000 réclamations critiques des citoyens, associations, avocats, etc.
On n’a tenu compte d’aucune d’entre elles.

Notons également que la Régie des bâtiments (qui représente l’État !) a abattu des arbres dont certains pour lesquels elle ne possédait pas le permis nécessaire.
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Il y a aussi la procédure de sélection (par cette même Régie des bâtiments) des entreprises qui construiront et géreront la mégaprison qui a été contestée au Conseil d’État par plusieurs entreprises.
Sans succès.

Cette même Régie des bâtiments a été qualifiée d’organisation criminelle par le tribunal, qui constate une corruption à tous les étages.

On continue sur la démocratie?
– Lors d’une évacuation du futur terrain de la prison, le feu a été mis aux habitations, cabanes et affaires personnelles des occupants (zadistes), sans préavis. On notera au passage le caractère polluant de cette incinération sauvage, qui soulève également des problèmes de compatibilité avec la réglementation environnementale.
– L’étude du choix du terrain de la mégaprison a été bâclée.
– En fait, aucun citoyen n’a jamais voté pour cette mégaprison, car elle n’a jamais figuré sur le programme d’aucun parti politique.
– On ne dispose toujours pas du plan d’évacuation de la prison.
– Il y a encore quelques fèves, mais vous les verrez en continuant la lecture.

3 – DÉSASTRE ÉCONOMIQUE

Et donc, on commence les travaux d’une mégaprison, alors que les études montrent que celles de 300-400 places ont une meilleure efficacité des coûts.

Le hic, c’est aussi la formule choisie : le PPP – Partenariat Public Privé.  Ça veut dire que l’État fait appel à des entreprises privées.

Il faut savoir que la Cour de comptes belge ET française ont remis des rapports cinglants à propos des PPP, disant que ça coûtait deux à trois fois plus cher qu’un investissement de l’État.

Pourquoi, alors, faire appel au privé si ça coûte plus cher ?

 

En fait, ça vient de l’Union européenne :
En 1991, le Traité de Maastricht contraint les États à ne pas dépasser un déficit de 3% ni un endettement de 60%.

 

 

 

SAUF QUE en 1995, l’Union européenne change complètement la comptabilité des États ! Désormais, les investissements doivent être considérés comme des dépenses normales et non plus comme des investissements et ne peuvent donc plus s’amortir sur plusieurs années.

 

Conséquence : Les gros investissements des États (routes, ponts, hopitaux…) sont donc comptabilisés entièrement l’année 1 du démarrage des travaux.

Alors évidemment, si on doit se serrer la ceinture, ne pas dépasser les 3%,  IMPOSSIBLE de faire ces dépenses !

MAIS ATTENTION, le privé, lui, c’est pas la même logique !

 

Et la mégaprison de Haren, pour le privé, c’est ça :
un moyen de faire du fric !

 

En gros : Les entreprises privées payent la construction de la prison et l’État leur verse l’argent (nos impôts) pour l’entretien.
Et si ça coûte moins cher que ce que l’État donne, ça va dans la poche des entreprises privées.

Vous voulez quelques chiffres?
Le coût de construction est estimé entre 200 et 300 millions d’euros.
Et si le contrat n’est toujours pas connu, le montant que les entreprises vont percevoir est, lui, désormais connu : l’État va leur payer, pendant 25 ans, 40 millions d’euros par an. Et donc, multipliez 25 par 40 : l’État va débourser un milliard pour un coût de construction de 200 à 300 millions.
Alors, bien sûr, à côté de la construction, Cafasso va s’occuper d’autres choses (la nourriture des prisonniers, le chauffage de la prison, etc.) Donc ils vont avoir des frais fixes, mais même si vous rajoutez ces sommes à ces 200 – 300 millions, on est bien loin du milliard. Donc la rentabilité est excessivement importante.

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Car À QUI l’État s’apprête à confier les clefs de la mégaprison ?

À un groupe d’entreprises, de multinationales, qui se nomme CAFASSO

Ces multinationales qui ont de l'humour
On notera d’ailleurs avec un certain intérêt que « Cafasso », le nom que se sont donné les multinationales, est le nom d’un saint, Joseph Cafasso, prêtre italien né en 1811 et mort en 1860, canonisé par Pie XII qui « le présenta comme un modèle de vie sacerdotale, père des pauvres, consolateur des malades, soutien des prisonniers, salut des condamnés à mort ». Un argument et une pratique qui ont à coup sûr dû aider à convaincre nos élites politiques de l’immaculation de ce consortium.
Mais qui sont ces multinationales qui ont de l’humour ?
Les voici :
Denys NV, FCC CONSTUCCIÓN SA, MACQUARIE CAPITAL Group, Vialia Sociedad Gestora de Concesiones de infraestructuras SL, AAFM Facility Management bv (Aracadis Aqumen Facility Management BV), Buro II & ARCHI+I cvba, E G M architecten, le bureau d’étude G. Dervaux nv, Marcq & Roba, Ares, M.O.O.Con, Advsiers bvba, Typsa, et Arch. Dr. Andrea Seelich.

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Prenons l’une d’entre elles : Macquarie Corporate.

– Propriétaire en 2004 de l’aéroport de Zaventem pour 70%, elle a considérablement augmenté la dette de l’aéroport.
– En 2006, Macquarrie a contrôlé la plus grande société d’eau en Angleterre. Macquarie, qui a négligé les entretiens nécessaires de base, a tellement pollué la Tamise et d’autres rivières qu’elle est condamnée à payer une amende record.

Vous en voulez encore sur ces multinationales?
– Macquarrie a aussi été :
o Impliquée dans un scandale bancaire en Australie,
o Accusée d’avoir manipulé la monnaie en Malaisie,
o Impliquée dans les LuxLeaks, PanamaPapers, Offshoreleaks… (Bref, pionnière de la privatisation, Macquarrie aime planquer son fric !)
– Mais il y en a d’autres, comme Denys NV, qui aime à bétonner partout en Belgique. Mais comme il n’y a pas de petit profit, Denys fait du business avec l’Arabie Saoudite, qui écrase la population yéménite, sans négliger de faire des affaires au Yemen, également, pays dévasté.
– Il y a aussi PPP Infrastructure Investment B.V. , qui est une vraie nébuleuse. Pas de site web. Il faut payer pour connaitre ses administrateurs. Active dans les PPP, comme son nom l’indique, c’est une société dont la structure juridique est bien souvent utilisée aux fins d’éluder l’impôt, notamment par les plus grandes entreprises du monde comme Google, Facebook, Apple, Microsoft, Yahoo…

 

Reste que ça coûte cher, la prison. Environ 70.000€ par an et par détenu dans une prison en PPP.

Quand on pense que la prison est, dans l’immense majorité des cas, un temps vide, dénué de sens, ça fait cher le vide, tout ça…

4 – DÉSASTRE CARCÉRAL

Et donc, pour lutter contre la surpopulation carcérale, on se lance dans la mégaprison.
Sauf que les études montrent que plus vous créez des places de prison, plus le nombre de prisonniers augmente… C’est sans fin.

Et puis les trop grandes structures carcérales ont pour conséquence :

– Une hausse des suicides
– Une hausse des évasions
– Une démotivation du personnel pénitentiaire
– Un risque de mutinerie plus élevé

QUE FAIRE ?

Petit jeu
(on vous laisse cocher mentalement votre réponse)

Il y a trop de prisonniers. Que faire ?

Si vous avez coché « B », sachez qu’en Belgique, 57% des détenus récidivent. #CestInutileMaisOnPersiste
Sachez aussi que ce qui fait baisser la récidive, c’est… sortir les gens de prison !

Alors, que dire de la mégaprison de Haren !

Elle est à 12,5 km du Palais de justice, en périphérie de Bruxelles. C’est tellement pas pratique pour les trajets des magistrats, des avocats et des prisonniers pour les comparution au Palais de Justice que trois salles de tribunaux sont prévues sur le site de la mégaprison.

PAF ! Dans la gueule du droit de la défense !

PAF ! Re-dans la gueule du droit de la défense !

Et ces trajets, c’est pas génial non plus pour les familles des détenus et leurs enfants, innocents des crimes de leurs parents.
Ajoutons à cela que l’endroit choisi pour cette mégaprison est entre l’aéroport national et des voies de chemin de fer. C’est un festival acoustique !
Pas génial pour la santé des détenus… Sans compter qu’on prévoit de déplacer l’aile psychiatrique de la prison de Forest.

5 – UN PROJET SOCIALEMENT INJUSTE

Au fond, QUI est-ce qu’on retrouve en prison ?

Pas les banquiers, en tout cas, qui ont spéculé avec notre argent et contribué à créer la crise de 2008…
Pas les riches évadés fiscaux. Pour eux, on contraire, on légalise l’évasion fiscale !
Pas les puissants, non. L’État a voté la transaction pénale, qui leur permet de s’en tirer avec une faible amende…

Et dans le même temps, la soumission à la TVA rend l’accès à la justice plus difficile pour les moins favorisé.

Y aurait-il une justice de classe ?

TOUT ÇA A DÉJÀ ÉTÉ FAIT !

Le dernier espoir juridique qu’il reste, est le recours en annulation au Conseil d’État.
Coup de tonnerre vachement positif : l’avis de la première auditrice donne raison aux opposants à la mégaprison ! Mais ça n’est pas joué pour autant ! Nous serons fixés d’ici peu : le 26 mars !

Sauf qu’en attendant, ça construit, ça bétonne, ça détruit !
C’est un peu comme s’ils voulaient jouer la politique du fait accompli…

QUE FAIRE, ALORS ?

Cliquez ici et signez la pétition !
Aidez à financer les actions en justice ! Envoyez vos dons sur le compte « Keelbeek en justice » BE 35-973140960-737 avec la mention « don recours contre prison ». MERCI !
– Suivez les sites et pages Facebook suivantes:
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° Le site web de la ZAD de Haren
° La page Facebook de Haren Observatory
– Participez à leurs actions
– Interpellez les élus communaux, régionaux et fédéraux
– Continuez à vous renseigner sur le système carcéral actuel

ET PARTAGEZ CECI MASSIVEMENT !


Source : Mégaprison de Bruxelles : Genèse d’un crime